TEMPÊTE

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Une dépression très creuse prévue à 977 hectopascals est attendue ce soir à l’entrée de sa Manche. Les fronts qui l’accompagnent sont très resserrés. Les lignes isobares (d’égale pression) le sont donc aussi, ce qui signifie que le vent engendré par la dépression sera violent. C’est le gradient isobarique. Pour imager le propos, une dépression peut s’assimiler à une zone creusée dans le champ de pression, une sorte d’entonnoir, autour et sur les bords duquel l’air circule dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, car nous sommes dans l’hémisphère nord. A l’avant de la dépression, les vents sont donc du sud. Le phénomène se déplaçant vers le nord-est, l’observateur constate que les vents passent au suroît puis à l’ouest et enfin au nord-ouest. Le vent ressenti au sol résulte globalement  de la composante de deux forces :
– La pente du vent, c’est-à-dire son écoulement des hautes pressions vers les basses.
– Une force de déviation qui affecte cet écoulement due à la rotation terrestre (Force de Coriolis, déviation à droite dans notre hémisphère).
Ce vent ressenti est, sous nous latitudes, plus ou moins parallèle aux lignes isobares selon sa pente. Sur la carte, on constate que ces lignes dans la partie sud de la dépression sont très resserrées et que leur orientation est sud-ouest-nord-est ce qui détermine un vent de secteur sud-ouest.
Sur la carte on voit que le front chaud (ligne noire symbolisée par des demi cercles noirs) et le front froid (ligne avec les triangles noirs) sont proches. Un front sépare deux masses d’air aux propriétés différentes. L’air atlantique chaud et humide est entre les deux fronts. Derrière le front froid c’est l’air polaire humide qui pousse et tend à combler la dépression. Le fait que les deux fronts soient rapprochés montre que cette poussée est très violente et que par conséquent le front froid est très relevé en biseau. On parle alors d’un front actif. Il faut imaginer cela en coupe car le front affecte toute la tranche de l’atmosphère du sol vers le haut. Un front froid très actif indique que dès qu’il passe, donc derrière lui,  le vent saute brutalement de l’ouest au noroît et avec force.
Cette énergie éolienne forte et prolongée se transmet à la surface de l’océan et engendre la houle. Plus l’énergie est grande et plus sa propagation dure longtemps, plus la houle est importante tels les cercles engendrés à partir d’une pierre jetée : plus la pierre est grosse, plus les cercles sont grands, hauts et espacés. En conséquence une grosse houle est caractérisée par une grande longueur d’onde, à savoir la distance entre deux crêtes. Son corollaire, la période, le temps qui s’écoule entre le passage d’une crête et sa suivante, est grande en proportion. Pour ce soir la période prévue est de 15 secondes environ alors que dans nos eaux, par mer calme sans ancienne houle provenant d’une lointaine ou passée dépression (houle rémanente), la période est habituellement de 5 à 8 secondes. Une houle de 15 secondes de période signifie qu’elle est porteuse d’une grande énergie donc de chocs plus violents lorsqu’elle rencontre un obstacle comme Tévennec. Nous verrons tout cela ce soir.

Marc POINTUD

Depuis TÉVENNEC par 48°04’17 Nord et 04°47’43 Ouest par vent de SW force 8 avec une mer très forte à grosse. Lumière sur Tévennec !
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ÉTREINTE D’ENFER

Elle aura répondu à mon invitation secrète. Elle s’est annoncée en rampant hier soir sous la surface dormante des eaux. Sa respiration grandissante trahissait sournoisement son envie pressante de saisir entre ses griffes cette émergence de roche où elle était conviée. Pour l’heure, elle faisait patte douce, espaçant à intervalles réguliers les traîtres frôlements de ses lancinantes ondulations lascives mues par une force des temps géologiques. Au matin du monde, n’y tenant plus, elle a frappé brutalement, excitée et gonflée par tous les flux du ciel. L’engagement fut violent, incessant, acharné, mordant, assourdissant, tempétueux. Ses tenailles ébouriffées d’écume déchiraient l’océan en autant de plaies blanches aussitôt refermées puis précipitées dans un roulement de tonnerre sur les remparts acérés de mon ultime forteresse couronnée de gerbes blanches aux étincelles vaporisées de sel. Incontinents sous ces masses liquides et vertes projetées sans discernement, les lieux voulaient comme dissimuler au profane cette séculaire étreinte. L’heure de l’effondrement de ma citadelle viendrait à coup sûr mais après un si long délitement et tant d’autres assauts. C’est alors que le sang blanchi de ce combat impitoyable se répandit sous le vent de ce chaos pour déployer sur l’onde la traîne irisée de sa majesté la Tempête. Hôte discret mais voyeur, j’ai longuement et goulûment contemplé l’impératrice des flots livrer toute sa fougue aux millénaires ébats des amours du vent et de la mer.

Marc POINTUD

Depuis TÉVENNEC par 48°04’17 » Nord et 04°47’43 » Ouest par vent de NE force 4 avec une mer agitée. Lumière sur Tévennec !