DÉCRYPTAGE D’UNE ÉMISSION SUR LES PHARES

Être ou ne pas être…
Dire ou ne pas dire…Telle est la question…
Vendredi 8 janvier Thalassa a diffusé une émission à la gloire du patrimoine des phares. Il faut s’en réjouir et louer cette initiative. Pourtant pendant et après la diffusion, plusieurs messages nous sont parvenus s’étonnant de certaines contradictions et de l’absence notable de la SNPB nullement citée au cours du reportage. Oui cela semble surprenant alors que dès 2003 nous pointions, seuls, l’état de ce patrimoine et qu’en 2008 Thalassa avait diffusé  un sujet consacré à la SNPB et à l’état des phares en mer notamment celui de Tévennec.
Les temps ont changé. Il faut savoir rester consensuel ou du moins en donner l’apparence. En d’autre termes, pas d’opinion à rebrousse poil … A dire vrai voici l’instant crucial, le choix qui se pose : faut-il laisser filer dans le courant sans se soucier de se contredire ou subir la contradiction en restant droit dans ses bottes. Nous avons choisi la vérité. Décryptage.
Les spectateurs de l’émission, passionnés par cette présentation des phares et ses spectaculaires images, ont eu le privilège de pénétrer, pas caméra interposée, à l’intérieur de célèbres phares comme Ar-Men ou les Pierres Noires. Au vu des images tout y est « en bon état », ordonné et pas même humide. Aux Pierres Noires, la cuisine est presque aussi propre que si l’on venait de la quitter pour aller en courses… Les boites de conserves en métal sur les rayonnages ne sont pas rouillées et leurs étiquettes quasi neuves. Laissez une seule des ces boites dans une maison face à la mer pendant quelques mois et vous verrez le résultat ! Et que dire si cela était dans un phare du large assailli par la mer et l’air salin humide !
Ce phare des Pierres Noires est sans gardiens depuis 1992. Vingt trois ans de solitude aqueuse hormis quelques brefs passages annuels. Or deux séquences surprennent : l’apparition de charentaises en parfait état au pied d’une couchette elle-même prête à recevoir le gardien fatigué et la lecture d’un journal du phare (1) dans la cuisine. Sans doute un clin d’œil pour montrer que l’humidité n’a aucune prise sur le papier comme en atteste aussi l’état des étiquettes. Une fois j’ai laissé, d’un été à Pâques, une veste en lainage dans une maison sur une île. Je l’ai retrouvée couverte de moisissure et une note au stylo dans une poche était devenue illisible. L’encre avait bu. La conservation des pantoufles et de ce journal du phare relève certainement du miracle. A moins qu’il n’ait fallu montrer que l’intérieur des phares en mer n’est pas dans l’état dont nous témoignons depuis des années. Témoignage pourtant fondé sur ceux d’agents du service eux-mêmes. Au phare d’Ar-Men, toujours selon l’émission, le café (?.. drôle de couleur…) se prend dans une cuisine impeccable aux murs sans aucune trace d’humidité, tout comme les boiseries de la couchette toute aussi prête au service avec son beau matelas blanc. Comme aux Pierres Noires, mais en pire, ce phare sans gardiens depuis 1990 est seul depuis vingt six ans face aux assauts de l’océan ponctués par quelques rares visites. Un miracle vous dis-je… Peut-être qu’avec le réchauffement climatique, l’air plus chaud retenant davantage l’humidité sous forme de gaz contribue-t-il à une meilleure conservation de l’intérieur des phares…
Les spectateurs de l’émission, le grand public non averti de l’état réel de ce patrimoine en mer, pensera que finalement il faut certes le protéger mais qu’après tout, au vu des images, il n’est pas en si mauvais état. Il nous écrira des messages, s’étonnant que nous puissions prétendre le contraire. De tout cela il n’est rien. Les phares en mer sont en mauvais état, extérieurement et intérieurement. Un excellent et long article « Les phares sont montés au ciel » paru en tête de l’édition 2016 du très respectable Almanach du Marin Breton ne dit pas autre chose si ce n’est dans des termes encore plus forts. Pourtant Thalassa a aussi des images de l’intérieur d’un phare en mer, en Iroise, en plein dans le sujet : Tévennec. Il est vrai qu’elles ne représentent pas l’idéal attendu. Nous aurions pu avoir d’autres vues. Ce n’est pas faute d’avoir demandé depuis des années d’aller constater sur les autres phares l’état réel des aménagements intérieurs. proposition toujours officiellement refusée au motif de la sécurité, le transport sur place étant, paraît-il, réservé aux agents du service. Cela ne semble pas le cas dans l’émission.
Ce numéro de Thalassa a certes l’avantage de montrer au grand public le caractère exceptionnel du patrimoine des phares en mer et la nécessité de le sauvegarder. Mais la vérité oblige a rappeler qu’il est en mauvais état. Son inscription aux Monuments historiques ouvrira-t-elle le financement de son entretien physique et non virtuel ? Un doute m’assaille. Une fois numérisés en 3D, les intérieurs réels seront-ils conservés ? Bien sûr, grâce à cette technique le plus grand nombre pourra y avoir accès et cela est bien. Mais que vaut le virtuel au regard de la si forte impression que provoque la vue d’Ar-Men se dressant seul au milieu des houles de l’Iroise ? Ce patrimoine hors du commun, connu du monde entier, mérite bien davantage et recèle sans aucun doute des ressources inexploitées pour entamer une belle deuxième vie. Nous n’avons pas fini d’en parler. Mais n’est-ce pas normal de faire des vagues autour d’Ar-Men ?
Marc Pointud
Président de la Société Nationale pour le Patrimoine des Phares et Balises

Voir ou revoir l’émission de Thalassa

 (1) Journal de bord du phare qui était tenu quotidiennement par les gardiens pour y consigner par écrit les observations météo, les évènements relatifs à la vie du phare ou extérieurs, les relèves, les pannes, les interventions d’entretien, etc. Chaque phare disposait d’un tel journal, véritable mémoire ouverte depuis la date de son allumage et occupant, au final sur plus de 100 ans, une grande quantité de registres minutieusement manuscrits. Ceci pour chaque phare… Hélas, même si de nombreux exemplaires ont été par la suite conservés, une très grande quantité de ces journaux a disparu. Cet ensemble capital du patrimoine des phares a été pillé, volé ou tout simplement jeté ou brûlé lors de « grands nettoyages » notamment au moment de l’automatisation et du départ des gardiens…  Une véritable catastrophe patrimoniale à une époque, pas si lointaine, voire récente, où rien ne fut mis en œuvre pour une collecte systématique de ce patrimoine modeste mais essentiel.

2016 : UN VŒU UNIQUE OU PRESQUE…

Nouvel an, période des vœux…  Un vœu unique à faire ici : Passer sur Tévennec et inaugurer ce séjour tant attendu. Rien de dramatique, certes, dans ce retard par ailleurs consubstantiel de l’histoire de phares en mer. Cependant il me tarde de partir, de me retrouver seul là-bas face à l’océan et de faire revivre ces lieux. Je comprends les interrogations de tous ceux, journalistes, membres et sympathisants de l’association ou autres passionnés de ce patrimoine, qui ont aidés à préparer ou faire connaitre cette opération. Car ils la suivent de près et sont impatients de vivre le grand jour, celui de l’annonce du retour d’un habitant à Tévennec. Une lumière pâle, le soir derrière les carreaux. Entre deux vagues… Qui verra cette lueur ? Un guetteur sémaphorique de la pointe du Raz, un ligneur attardé, un navire de pêche à destination de la mer Celte, un passager matinal ou noctambule de la Brittany Ferries qui croise régulièrement à quelques encablures ? Un observateur à la longue-vue campé sur la pointe du Van ? Personne peut-être ? Qu’importe. Qui voudra être informé en aura la possibilité comme c’est déjà le cas depuis le lancement de cette opération. L’information est et sera largement diffusée. Comment ? Par une cohorte très attentive de plus de cinquante médias régionaux, nationaux et de l’étranger, issus de la presse écrite, de la radio et de la télévision; grâce à de nombreux sites internet et autres blogs dont celui-là même; par les réseaux sociaux où la SNPB est elle aussi présente avec plusieurs milliers d’abonnés. A chacun son moyen de se tenir informé. A cette liste ajoutons notre partenaire le groupe Le Télégramme avec notamment son quotidien et son réseau de télévision qui interviendra aussi chaque jour. Localement, l’office de tourisme d’Audierne déploie de son côté des moyens accessibles à tous. Un point d’information permanente sur l’opération y a été installé. Toutes ces possibilités de se tenir au fait de l’événement et d’autres seront développées lors du séjour. N’oublions pas enfin le suivi par mail, en direct de Tévennec, que recevront les donateurs de l’opération et les membres de la SNPB. Mais voici que pointe finalement un autre vœu : que la démarche personnelle permette aussi de se tenir informé.

Marc Pointud

Président de la Société Nationale pour le Patrimoine des Phares et Balises.