LE TEMPS QUI PREND

Cinquante jours depuis mon arrivée à Tévennec. Deux mille quatre cents milles marins soit près de quatre mille cinq cents kilomètres, voilà la distance parcourue par l’eau pendant ce temps. Moitié vers le sud moitié vers le nord, alternativement de chaque coté du caillou. Moi je suis resté sur place. Le voyage immobile est l’apanage de celui qui habite un phare en mer. Cela libère l’esprit pour lui ouvrir les voies du voyage intérieur. Les premières semaines passèrent rapidement. Puis le temps a ralenti, s’est amorti, s’est dilué en moi. Le moteur quotidien de ce temps est la routine. Voilà une pratique pleine de vertus. Il faut organiser sa routine. A chacun la sienne. Les gardiens de phare en mer avaient aussi la leur entre obligations du service et repos. La routine d’un solitaire s’apparente à un rituel dont l’accomplissement est rassurant. Le quotidien des actes qui s’enchaînent selon un ordre prévu, fixe le temps, lui donne ses limites. Le moindre geste, même anodin, a sa place, sa raison d’être. Je me demande parfois si je ne réagis pas comme un vieux célibataire endurci qui aurait ses manies. Qu’importe. De toute façon il n’y a personne pour bouleverser l’ordre que j’ai moi-même établi. Pas d’événement extérieur impromptu auquel il faudrait soudain se plier. Je voyage dans un temps qui est le mien. Ce n’est qu’à partir de cet état que j’ai pu me mettre à l’écriture. Un décalage temporel certainement indispensable mais un retour à terre qui sera sans doute difficile.

Marc POINTUD

Depuis TÉVENNEC par 48°04’17 Nord et 04°47’43 Ouest par vent de S force 2 avec une mer belle. Lumière sur Tévennec !
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