LE GRAND SABBAT

Le défilement du temps semble s’amortir. Comme pour marquer cette étape, l’océan a convié le grand orchestre. Au cours de la nuit de Pâques une forte tempête a pris le caillou de plein fouet. Dans la soirée le vent atteint les 50 nœuds. Ce n’est qu’une mise en jambes…. Vers minuit la barre des 60 nœuds est franchie pour atteindre plus tard 80 nœuds. Une nuit dantesque. Impossible de sortir, de tenir debout ou d’aller au vent sans se mettre en grand danger. Les paquets de mer retombent lourdement sur la terrasse en inondant tout. Atteignant parfois la hauteur du rebord du toit ils sont violemment dispersés, giflent tout obstacle sur leur passage pour aller se perdre dans une nuit hantée par les grands panaches blancs des déferlantes. Pluie et embruns se sont mués en une volée de gravillons. Je suis là, à l’abri du mur sous le vent, harnaché, sur le qui-vive, intensément heureux d’être au cœur de ces éléments déchaînés, convié à leur grand sabbat. A l’intérieur du phare c’est une symphonie de sifflements, de grondements, de mugissements de toutes sortes et de bruits inconnus jusqu’alors dont la tour se fait l’écho. Impossible et peu envie de dormir. Je veux profiter de chaque instant, ne rien manquer. Cette nuit sera forte, riche de sensations inconnues, si différentes des celles rencontrées en mer. Car dans ces circonstances on pense davantage à sauver sa peau qu’à profiter du spectacle. Une expérience hors du commun.

Marc POINTUD

Depuis TÉVENNEC par 48°04’17 Nord et 04°47’43 Ouest par vent de S force 6 avec une mer agitée. Lumière sur Tévennec !
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