LE MONSTRE ASSOUPI

Les premiers jours de la semaine ont été marqués par un superbe temps. Cela fait du bien. J’en profite pour sortir tout ce qui a besoin de sécher un peu. A l’abri de la tour, havre bienveillant, le rayonnement du soleil réparateur est propice à la contemplation. La lumière est intense. Ici tout change vite. Les murs blanchis apportent un relent d’ambiance méditerranéenne un peu décalée quoique les Espagnols missent sans doute le pied ici. Tout est calme et brillance. Un soleil lourd danse sur les rochers maculés de sel. La surface sournoise et apaisée des flots révèle des transparences de verts aux éclats de garance. L’air flotte étrangement. Là-haut pas un nuage. A ce temps clair, la brume laiteuse du large ne ment. Seul le chuintement de la mer, en ses veines de courant qui rongent le roc, rappelle une peine dont le temps paraît se moquer. Un long parcours dont la sublime incertitude engendra parait-il en ces espaces glauques et rudes l’humanité dont le dessein fut de régner sans partage, d’imposer sans faiblesse ses pillages. Valeureux marins et pauvres gens, leurs escales et découvertes lointaines furent leurs rêves d’or et d’argent, leurs fières nécropoles. Vanité de leurs défis ! Cette mer ici les a happés. Malheur à ceux qui s’en sont ri, espérant grâce d’y échapper. Cette île pour l’heure paisible est la mâchoire acérée du Raz. Point de méprise, elle ne dort que d’un œil. Déjà sous la houle qui revient par le noroît elle s’ébroue. La bonace appelle ses rugissements.

Marc POINTUD

Depuis TÉVENNEC par 48°04’17 Nord et 04°47’43 Ouest par vent de N force 3 avec une mer peu agitée. Lumière sur Tévennec !
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