C’est parti !

Et voilà ! Enfin à Tévennec. Sur le caillou, comme l’on dit.
De quoi faire mentir tous les pessimistes, de plus ou moins bonne foi, qui se demandaient si finalement l’opération aurait bien lieu… Tout arrive. La mer est école de patience.
Cela n’a pas été une mince affaire… Certes, ce fut une préparation étalée sur plusieurs semaines mais qui en fait, comme c’est toujours le cas, s’est accélérée dans les jours qui ont précédé le départ. L’effet entonnoir du temps. L’inquiétude – et le risque – d’avoir oublié quelque chose d’indispensable. Un objet pas forcément important mais essentiel. Penser à tout. Pour vivre au quotidien pendant plusieurs semaines dans une maison isolée de tout et vide de tout car inhabitée depuis plus d’un siècle, il faut tout apporter : eau, vivres, mobilier, de quoi produire de l’énergie et tout un ensemble d’ustensiles, de matériels, aussi divers qu’hétéroclites. De quoi réparer, au cas où… De quoi se soigner, au cas où…
Pas mal de matériel était déjà arrivé en octobre et la pièce que j’occupe avait été préparée par les bénévoles de l’association lors de précédentes venues. L’un d’entre eux, charpentier de marine a notamment réalisé un excellent travail. Qu’ils soient les uns et les autres remerciés car si je suis ici c’est aussi grâce à eux. Puisque je suis dans les remerciements, c’est bien volontiers que j’en adresse aussi aux différents mécènes, aides et donateurs qui ont contribué à la réalisation de cette opération. Je ne peux tous les citer ici, ils se reconnaîtront.
Hier était la journée du grand départ. Une belle journée venteuse mais ensoleillée. Nous nous sommes réunis à la baie des Trépassés, plus exactement à l’hôtel éponyme qui nous à reçus, fort bien, et qui dispose d’un terrain pour hélicoptère. De là, Tévennec, que l’on voit au large, n’est qu’à quelques minutes de vol.
Le fret, les divers colis, une fois arrivés en contrebas de l’îlot ont du être transportés
dans la maison du phare. Entassés dans le couloir d’entrée, c’est progressivement et tardivement que j’ai procédé à un premier rangement. Puis la nuit est arrivée. Une lampe, un dîner rapide et frugal et un bon repos mérité.Mon installation a continué aujourd’hui dimanche. Branchement du panneau solaire en priorité, qui charge bien – ouf !-, essai du groupe électrogène de secours, neuf mais qui fuyait et que j’ai du réparer (j’ai pensé « Merci la Chine » mais en y regardant de près il est « made in France »… ). C’est plus inquiétant… Enfin il fonctionne correctement désormais. Ajoutons des rangements divers et la journée s’achève. Ce soir je me cuisine un bon petit dîner. Faut se soutenir !
A suivre …
Depuis 48°04’17 » Nord et 04°47’43 » Ouest par vent de NE force 7 avec une mer agitée à forte. Lumière sur Tévennec !

2016 : UN VŒU UNIQUE OU PRESQUE…

Nouvel an, période des vœux…  Un vœu unique à faire ici : Passer sur Tévennec et inaugurer ce séjour tant attendu. Rien de dramatique, certes, dans ce retard par ailleurs consubstantiel de l’histoire de phares en mer. Cependant il me tarde de partir, de me retrouver seul là-bas face à l’océan et de faire revivre ces lieux. Je comprends les interrogations de tous ceux, journalistes, membres et sympathisants de l’association ou autres passionnés de ce patrimoine, qui ont aidés à préparer ou faire connaitre cette opération. Car ils la suivent de près et sont impatients de vivre le grand jour, celui de l’annonce du retour d’un habitant à Tévennec. Une lumière pâle, le soir derrière les carreaux. Entre deux vagues… Qui verra cette lueur ? Un guetteur sémaphorique de la pointe du Raz, un ligneur attardé, un navire de pêche à destination de la mer Celte, un passager matinal ou noctambule de la Brittany Ferries qui croise régulièrement à quelques encablures ? Un observateur à la longue-vue campé sur la pointe du Van ? Personne peut-être ? Qu’importe. Qui voudra être informé en aura la possibilité comme c’est déjà le cas depuis le lancement de cette opération. L’information est et sera largement diffusée. Comment ? Par une cohorte très attentive de plus de cinquante médias régionaux, nationaux et de l’étranger, issus de la presse écrite, de la radio et de la télévision; grâce à de nombreux sites internet et autres blogs dont celui-là même; par les réseaux sociaux où la SNPB est elle aussi présente avec plusieurs milliers d’abonnés. A chacun son moyen de se tenir informé. A cette liste ajoutons notre partenaire le groupe Le Télégramme avec notamment son quotidien et son réseau de télévision qui interviendra aussi chaque jour. Localement, l’office de tourisme d’Audierne déploie de son côté des moyens accessibles à tous. Un point d’information permanente sur l’opération y a été installé. Toutes ces possibilités de se tenir au fait de l’événement et d’autres seront développées lors du séjour. N’oublions pas enfin le suivi par mail, en direct de Tévennec, que recevront les donateurs de l’opération et les membres de la SNPB. Mais voici que pointe finalement un autre vœu : que la démarche personnelle permette aussi de se tenir informé.

Marc Pointud

Président de la Société Nationale pour le Patrimoine des Phares et Balises.

PROJET TEVENNEC : UNE FENÊTRE EN VUE…?

Il semblerait, selon les prévisions à moyen terme, qu’une fenêtre météo s’annonce dans cette période pré-hivernale. Elle interviendrait au cours de la semaine du 7 décembre, probablement le mardi ou le mercredi, et permettrait de finaliser le transport des derniers équipements nécessaires. Pour ces dates, des vents de secteur suet (sud est) sont prévus avec une vitesse moyenne très faible de 5 km/h. Le suet met les eaux de Tévennec dans un abri relatif sous le vent de la pointe du Raz. A la suite de plusieurs jours de régime d’ouest, ces vents provenant d’un large secteur sud pourraient permettre à la houle de s’atténuer. Car c’est bien ce facteur qui est en réalité déterminant pour accoster l’îlot. Or sur ce point les prévisions ne sont pas encore d’actualité. Espérons seulement qu’il ne restera pas une houle rémanente d’ouest dont la période plus ou moins grande supposerait une énergie toujours trop importante pour aborder.

Ajoutons à ces réflexions la question de la marée. Pour les jours en question, les coefficients vont de 82 à 73 ce qui est encore maniable. Reste le sujet des horaires de marée. A Tévennec il convient d’aborder plutôt à mi-marée, ceci pour deux raisons essentielles : d’une part l’échelle d’accès au môle est brisée dans sa partie basse ce qui interdit tout débarquement à marée basse avec de tels coefficients et d’autre part à mi-marée on profite des récifs environnants qui sont découverts et sont autant d’obstacles naturels protégeant des déferlements. En l’espèce, la mer sera haute mardi comme mercredi en tout début de matinée ce qui implique une mi-marée vers 10/11 heures. Mais surtout cela signifie que toute la matinée se passera dans le jusant c’est à dire avec un courant du nord vers le sud, soit à contre vent. Or ne passe pas le Raz vent contre courant avec de tels coefficients à moins que ce vent ne soit, comme cela semble prévu, très faible à nul… Quant au retour de l’après-midi il sera aussi mer contre vent pendant le flot. Rien n’est simple dans ce secteur ! Nous verrons bien lorsque nous disposerons de prévisions fines à quelques jours..

Marc Pointud

TÉVENNEC : EXIGENCES ET ATTENTE…

L’opération « Lumière sur Tévennec » est en stand-by pour cause de météo.

Depuis la dernière sortie du 03 octobre pour les préparatifs, l’état de de mer n’a pas permis d’accoster l’îlot. Il faut dire qu’à partir d’une houle de plus d’un mètre de haut et d’une période(1) supérieure à cinq secondes les conditions de débarquement passent de difficiles à impossibles, le ressac devenant un déferlement croisé au pied du musoir Est qui supporte l’échelle. La houle dominante qui aborde le plateau de Tévennec par l’ouest se scinde en deux, brisée dans sa progression par les premiers récifs dans l’ouest de Tévennec (Les roches du Tréolet et leurs hauts fonds). Chaque train de houle secondaire effectue alors le tour de l’île, l’une par le nord l’autre par le sud, pour finalement se croiser de front à mi-chemin coté Est de Tévennec. Les constructeurs du phare avaient donc créé un musoir de débarquement sur ce côté en le protégeant de l’onde venue du sud par un épi maçonné situé plus en avant. Mais ce dernier étant quasiment détruit, la houle n’est plus déviée et nous la retrouvons bouillonnante au pied de cette échelle que nous utilisons. Un autre point de débarquement existe coté Sein. Mais ces marches taillées dans la roche ne sont praticables que par très beau temps et à marée basse car le reste du temps elles reçoivent en plein la houle d’ouest. Ici, une tourelle en maçonnerie et un muretin de protection étaient prévus mais ils n’ont jamais été construits.

Depuis la mi-octobre donc, nous sommes en attente de conditions favorables. Il y a eu des jours de soleil mais avec deux à trois mètres de houle et des périodes de dix à douze secondes. Au moment où ces lignes sont écrites, le sémaphore de la pointe du Raz a relevé hier un vent établi de force 8 à avec rafales à 10. La saison hivernale semble avoir commencé mais ce n’est sans doute pas encore le cas au regard de la tendance barométrique. Ici tout peut changer rapidement.

Il faut donc résolument attendre des conditions acceptables. Il y en aura, du moins l’espère-t-on. Il y a deux ans, les coups de vent se sont enchaînés de la mi-décembre à la fin mars. Mais c’était un  régime dépressionnaire sans répit et d’une longévité exceptionnelle. Les mauvaises conditions, les contrariétés, l’attente au final, sont partie de l’histoire des phares en mer. Les grands chantiers ne furent-ils pas malmenés par les soubresauts de l’Iroise ? L’État lui-même, avec les moyens de l’époque certes mais néanmoins très importants, mit près de dix-sept ans pour construire Ar-Men. La tourelle de la Plate dans le Raz-de-Sein, à peine édifiée en 1896, fut décapitée lors d’une tempête et ce n’est qu’après douze ans de reconstruction qu’elle entra en service. L’Iroise n’est pas une mer facile et ces lieux sont parmi les plus dangereux du monde maritime.

La détermination qui préside à notre opération est totale mais humble face aux éléments. Dès qu’une période d’accalmie sera prévue, si ces conditions s’établissent, la phase finale du lancement de l’opération pourra avoir lieu. Son décalage dans le temps, somme toute, n’a que de peu d’importance au regard de son enjeu. Cette attente force à repousser toujours plus loin les limites de la patience et de la ténacité, aiguisant ainsi ces vertus maritimes cardinales qui seront indispensables dans le quotidien solitaire de Tévennec. Et puis, finalement, ne s’agit-il pas là d’une vraie histoire de phare qui s’inscrit, hors de toute époque, dans la tradition des exigences de la mer ?

Marc Pointud

Président de la SNPB

(1) La période est le temps de passage de deux crêtes de houle successives en un même point. Plus ce temps de passage est grand, plus la distance entre deux crêtes est grande. Très globalement, on peut retenir que plus la période est longue plus la houle est ample et plus elle recèle d’énergie.