L’EFFET TÉVENNEC

Déjà une semaine sur le caillou. A dire vrai je ne l’ai pas vu passer. Arrivé samedi dernier dans un ballet d’hélicoptère pour le transport du matériel, les premières heures et le jour suivant ont été consacrés à mon installation. Pas facile de tout ranger car la surface disponible n’est pas grande. La pièce où je vis ne fait guère plus de 6 m2. Il s’agit de tout ranger comme dans un bateau, avec méthode. Les deux autres pièces sont très humides, une ayant de l’eau au sol. Les vivres y sont installés sur des tasseaux de bois récupérés.

Première nuit de bruits inconnus, de sifflements, de coups sourds. La nuit séculaire des lieux. A peine mes marques prises, je suis cueilli mardi par un fort coup de vent de noroît accompagné d’une grosse houle. Le salut de Tévennec. Mon intronisation. Dans un bruit sourd d’explosion, les vagues ne cessent de monter à l’assaut de la falaise nord de l’îlot pour jaillir sur le pignon de la maison, échevelées d’embruns dans un arc en ciel. La nature à l’état primal, brute, hargneuse et acharnée, sans répit, pour réduire ce minuscule morceau de continent. Un spectacle grandiose dont je profitais sans retenue quand soudain mon bonnet s’est envolé. Introuvable malgré une recherche visuelle et attentive dans l’écume des roches, en contrebas de la terrasse ! Perdu à jamais dans les flots ! Une nuit de déferlantes passe. Au matin le bonnet était de retour, sur un méplat de roche, plein d’algues, rendu par la mer. L’effet Tévennec à n’en pas douter 

Marc POINTUD!

Depuis TEVENNEC par 48°04’17 » Nord et 04°47’43 » Ouest par vent de N force 4 avec une mer agitée. Lumière sur Tévennec !

 

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IlS ONT APPORTÉ AIDE ET SOUTIEN

ROLL-UP-SNPB-BAT

La SNPB remercie chaleureusement ces entreprises, les associations du Cap Sizun, la région Bretagne, les communes d’Audierne et d’Esquibien, pour l’aide et le soutien qu’elles ont apportée à la réalisation de l’opération « Lumière sur Tévennec ».

Les donateurs et sympathisants, les membres de l’association, dont certains venus de très loin, les bénévoles qui ont participé aux préparatifs et fait preuve de la constance nécessaire à l’aboutissement de cette opération difficile sont étroitement associés à cette gratitude. Nous n’oublions pas notre parrain, Louis Cozan, ancien gardien des phares d’Iroise, les anciens gardiens de phares du Cap ainsi que les descendants de certains gardiens de Tévennec. Un coup de chapeau aussi aux nombreux médias qui couvrent l’opération.

C’est parti !

Et voilà ! Enfin à Tévennec. Sur le caillou, comme l’on dit.
De quoi faire mentir tous les pessimistes, de plus ou moins bonne foi, qui se demandaient si finalement l’opération aurait bien lieu… Tout arrive. La mer est école de patience.
Cela n’a pas été une mince affaire… Certes, ce fut une préparation étalée sur plusieurs semaines mais qui en fait, comme c’est toujours le cas, s’est accélérée dans les jours qui ont précédé le départ. L’effet entonnoir du temps. L’inquiétude – et le risque – d’avoir oublié quelque chose d’indispensable. Un objet pas forcément important mais essentiel. Penser à tout. Pour vivre au quotidien pendant plusieurs semaines dans une maison isolée de tout et vide de tout car inhabitée depuis plus d’un siècle, il faut tout apporter : eau, vivres, mobilier, de quoi produire de l’énergie et tout un ensemble d’ustensiles, de matériels, aussi divers qu’hétéroclites. De quoi réparer, au cas où… De quoi se soigner, au cas où…
Pas mal de matériel était déjà arrivé en octobre et la pièce que j’occupe avait été préparée par les bénévoles de l’association lors de précédentes venues. L’un d’entre eux, charpentier de marine a notamment réalisé un excellent travail. Qu’ils soient les uns et les autres remerciés car si je suis ici c’est aussi grâce à eux. Puisque je suis dans les remerciements, c’est bien volontiers que j’en adresse aussi aux différents mécènes, aides et donateurs qui ont contribué à la réalisation de cette opération. Je ne peux tous les citer ici, ils se reconnaîtront.
Hier était la journée du grand départ. Une belle journée venteuse mais ensoleillée. Nous nous sommes réunis à la baie des Trépassés, plus exactement à l’hôtel éponyme qui nous à reçus, fort bien, et qui dispose d’un terrain pour hélicoptère. De là, Tévennec, que l’on voit au large, n’est qu’à quelques minutes de vol.
Le fret, les divers colis, une fois arrivés en contrebas de l’îlot ont du être transportés
dans la maison du phare. Entassés dans le couloir d’entrée, c’est progressivement et tardivement que j’ai procédé à un premier rangement. Puis la nuit est arrivée. Une lampe, un dîner rapide et frugal et un bon repos mérité.Mon installation a continué aujourd’hui dimanche. Branchement du panneau solaire en priorité, qui charge bien – ouf !-, essai du groupe électrogène de secours, neuf mais qui fuyait et que j’ai du réparer (j’ai pensé « Merci la Chine » mais en y regardant de près il est « made in France »… ). C’est plus inquiétant… Enfin il fonctionne correctement désormais. Ajoutons des rangements divers et la journée s’achève. Ce soir je me cuisine un bon petit dîner. Faut se soutenir !
A suivre …
Depuis 48°04’17 » Nord et 04°47’43 » Ouest par vent de NE force 7 avec une mer agitée à forte. Lumière sur Tévennec !

DÉCRYPTAGE D’UNE ÉMISSION SUR LES PHARES

Être ou ne pas être…
Dire ou ne pas dire…Telle est la question…
Vendredi 8 janvier Thalassa a diffusé une émission à la gloire du patrimoine des phares. Il faut s’en réjouir et louer cette initiative. Pourtant pendant et après la diffusion, plusieurs messages nous sont parvenus s’étonnant de certaines contradictions et de l’absence notable de la SNPB nullement citée au cours du reportage. Oui cela semble surprenant alors que dès 2003 nous pointions, seuls, l’état de ce patrimoine et qu’en 2008 Thalassa avait diffusé  un sujet consacré à la SNPB et à l’état des phares en mer notamment celui de Tévennec.
Les temps ont changé. Il faut savoir rester consensuel ou du moins en donner l’apparence. En d’autre termes, pas d’opinion à rebrousse poil … A dire vrai voici l’instant crucial, le choix qui se pose : faut-il laisser filer dans le courant sans se soucier de se contredire ou subir la contradiction en restant droit dans ses bottes. Nous avons choisi la vérité. Décryptage.
Les spectateurs de l’émission, passionnés par cette présentation des phares et ses spectaculaires images, ont eu le privilège de pénétrer, pas caméra interposée, à l’intérieur de célèbres phares comme Ar-Men ou les Pierres Noires. Au vu des images tout y est « en bon état », ordonné et pas même humide. Aux Pierres Noires, la cuisine est presque aussi propre que si l’on venait de la quitter pour aller en courses… Les boites de conserves en métal sur les rayonnages ne sont pas rouillées et leurs étiquettes quasi neuves. Laissez une seule des ces boites dans une maison face à la mer pendant quelques mois et vous verrez le résultat ! Et que dire si cela était dans un phare du large assailli par la mer et l’air salin humide !
Ce phare des Pierres Noires est sans gardiens depuis 1992. Vingt trois ans de solitude aqueuse hormis quelques brefs passages annuels. Or deux séquences surprennent : l’apparition de charentaises en parfait état au pied d’une couchette elle-même prête à recevoir le gardien fatigué et la lecture d’un journal du phare (1) dans la cuisine. Sans doute un clin d’œil pour montrer que l’humidité n’a aucune prise sur le papier comme en atteste aussi l’état des étiquettes. Une fois j’ai laissé, d’un été à Pâques, une veste en lainage dans une maison sur une île. Je l’ai retrouvée couverte de moisissure et une note au stylo dans une poche était devenue illisible. L’encre avait bu. La conservation des pantoufles et de ce journal du phare relève certainement du miracle. A moins qu’il n’ait fallu montrer que l’intérieur des phares en mer n’est pas dans l’état dont nous témoignons depuis des années. Témoignage pourtant fondé sur ceux d’agents du service eux-mêmes. Au phare d’Ar-Men, toujours selon l’émission, le café (?.. drôle de couleur…) se prend dans une cuisine impeccable aux murs sans aucune trace d’humidité, tout comme les boiseries de la couchette toute aussi prête au service avec son beau matelas blanc. Comme aux Pierres Noires, mais en pire, ce phare sans gardiens depuis 1990 est seul depuis vingt six ans face aux assauts de l’océan ponctués par quelques rares visites. Un miracle vous dis-je… Peut-être qu’avec le réchauffement climatique, l’air plus chaud retenant davantage l’humidité sous forme de gaz contribue-t-il à une meilleure conservation de l’intérieur des phares…
Les spectateurs de l’émission, le grand public non averti de l’état réel de ce patrimoine en mer, pensera que finalement il faut certes le protéger mais qu’après tout, au vu des images, il n’est pas en si mauvais état. Il nous écrira des messages, s’étonnant que nous puissions prétendre le contraire. De tout cela il n’est rien. Les phares en mer sont en mauvais état, extérieurement et intérieurement. Un excellent et long article « Les phares sont montés au ciel » paru en tête de l’édition 2016 du très respectable Almanach du Marin Breton ne dit pas autre chose si ce n’est dans des termes encore plus forts. Pourtant Thalassa a aussi des images de l’intérieur d’un phare en mer, en Iroise, en plein dans le sujet : Tévennec. Il est vrai qu’elles ne représentent pas l’idéal attendu. Nous aurions pu avoir d’autres vues. Ce n’est pas faute d’avoir demandé depuis des années d’aller constater sur les autres phares l’état réel des aménagements intérieurs. proposition toujours officiellement refusée au motif de la sécurité, le transport sur place étant, paraît-il, réservé aux agents du service. Cela ne semble pas le cas dans l’émission.
Ce numéro de Thalassa a certes l’avantage de montrer au grand public le caractère exceptionnel du patrimoine des phares en mer et la nécessité de le sauvegarder. Mais la vérité oblige a rappeler qu’il est en mauvais état. Son inscription aux Monuments historiques ouvrira-t-elle le financement de son entretien physique et non virtuel ? Un doute m’assaille. Une fois numérisés en 3D, les intérieurs réels seront-ils conservés ? Bien sûr, grâce à cette technique le plus grand nombre pourra y avoir accès et cela est bien. Mais que vaut le virtuel au regard de la si forte impression que provoque la vue d’Ar-Men se dressant seul au milieu des houles de l’Iroise ? Ce patrimoine hors du commun, connu du monde entier, mérite bien davantage et recèle sans aucun doute des ressources inexploitées pour entamer une belle deuxième vie. Nous n’avons pas fini d’en parler. Mais n’est-ce pas normal de faire des vagues autour d’Ar-Men ?
Marc Pointud
Président de la Société Nationale pour le Patrimoine des Phares et Balises

Voir ou revoir l’émission de Thalassa

 (1) Journal de bord du phare qui était tenu quotidiennement par les gardiens pour y consigner par écrit les observations météo, les évènements relatifs à la vie du phare ou extérieurs, les relèves, les pannes, les interventions d’entretien, etc. Chaque phare disposait d’un tel journal, véritable mémoire ouverte depuis la date de son allumage et occupant, au final sur plus de 100 ans, une grande quantité de registres minutieusement manuscrits. Ceci pour chaque phare… Hélas, même si de nombreux exemplaires ont été par la suite conservés, une très grande quantité de ces journaux a disparu. Cet ensemble capital du patrimoine des phares a été pillé, volé ou tout simplement jeté ou brûlé lors de « grands nettoyages » notamment au moment de l’automatisation et du départ des gardiens…  Une véritable catastrophe patrimoniale à une époque, pas si lointaine, voire récente, où rien ne fut mis en œuvre pour une collecte systématique de ce patrimoine modeste mais essentiel.

2016 : UN VŒU UNIQUE OU PRESQUE…

Nouvel an, période des vœux…  Un vœu unique à faire ici : Passer sur Tévennec et inaugurer ce séjour tant attendu. Rien de dramatique, certes, dans ce retard par ailleurs consubstantiel de l’histoire de phares en mer. Cependant il me tarde de partir, de me retrouver seul là-bas face à l’océan et de faire revivre ces lieux. Je comprends les interrogations de tous ceux, journalistes, membres et sympathisants de l’association ou autres passionnés de ce patrimoine, qui ont aidés à préparer ou faire connaitre cette opération. Car ils la suivent de près et sont impatients de vivre le grand jour, celui de l’annonce du retour d’un habitant à Tévennec. Une lumière pâle, le soir derrière les carreaux. Entre deux vagues… Qui verra cette lueur ? Un guetteur sémaphorique de la pointe du Raz, un ligneur attardé, un navire de pêche à destination de la mer Celte, un passager matinal ou noctambule de la Brittany Ferries qui croise régulièrement à quelques encablures ? Un observateur à la longue-vue campé sur la pointe du Van ? Personne peut-être ? Qu’importe. Qui voudra être informé en aura la possibilité comme c’est déjà le cas depuis le lancement de cette opération. L’information est et sera largement diffusée. Comment ? Par une cohorte très attentive de plus de cinquante médias régionaux, nationaux et de l’étranger, issus de la presse écrite, de la radio et de la télévision; grâce à de nombreux sites internet et autres blogs dont celui-là même; par les réseaux sociaux où la SNPB est elle aussi présente avec plusieurs milliers d’abonnés. A chacun son moyen de se tenir informé. A cette liste ajoutons notre partenaire le groupe Le Télégramme avec notamment son quotidien et son réseau de télévision qui interviendra aussi chaque jour. Localement, l’office de tourisme d’Audierne déploie de son côté des moyens accessibles à tous. Un point d’information permanente sur l’opération y a été installé. Toutes ces possibilités de se tenir au fait de l’événement et d’autres seront développées lors du séjour. N’oublions pas enfin le suivi par mail, en direct de Tévennec, que recevront les donateurs de l’opération et les membres de la SNPB. Mais voici que pointe finalement un autre vœu : que la démarche personnelle permette aussi de se tenir informé.

Marc Pointud

Président de la Société Nationale pour le Patrimoine des Phares et Balises.

RÉMANENCE… RÉMANENCE…

A l’instar du poète il faudrait pouvoir dire « Ô houle suspend ton vol… »

Car elles sont bien toujours présentes ces ondes de choc venues du grand large mourir sur nos côtes. Reprenons le scénario météorologique de ces dernières semaines. La situation générale qui a prévalu et qui perdure toujours en décembre est la suivante. Un vaste barrage anticyclonique s’étend de l’Atlantique central à la Russie entraînant le maintien d’un champ de très hautes pressions sur l’Europe occidentale méridionale pouvant dépasser 1030 hp. Cette boursoufflure de hautes pressions dévie vers l’Atlantique nord le champ dépressionnaire qui habituellement s’établit en hiver à nos latitudes. Son cortège des dépressions associées circule donc nettement plus au nord entre le sud du Groenland et vers le nord de la Scandinavie. Des dépressions et de leurs fronts chaud et froid nous n’avons que la partie la plus atténuée et encore cela vaut-il pour les Îles Britanniques et parfois le nord de la France. Une situation anticyclonique qui éloigne les dépressions, voilà, pourrait-on communément penser, un moment de répit dans l’agitation de la surface de la mer qui offrirait l’instant propice du débarquement à Tévennec. Mais il n’en est rien. Un état, qui n’est pas de grâce celui-la, vient gâcher cette belle espérance : l’état de rémanence, ce qui se maintient ou persiste comme le rappelle le dictionnaire. Oui la houle se maintient, persiste et de surcroît elle est forte.

Alors pourquoi tant d’acharnement à nous interdire ce caillou ? L’esprit du rocher en aurait-il décider autrement ? La raison est bien plus terre à terre. Mer à mer oserais-je… Les dépressions, parfois très creuses, qui circulent actuellement de Terre-Neuve, leur lieu de naissance, vers le nord de la Scandinavie, engendrent, sur un large fetch(1) de plusieurs milliers de kilomètres, une houle puissante qui se répand selon une incidence à leur trajectoire générale et avec un angle qui est fonction de l’énergie insufflée par la dépression. En d’autres termes, plus l’énergie transmise à la surface de l’océan est grande, plus la houle qui en naît recèle de l’énergie, plus elle se répercute sur une vaste trajectoire et plus la force de Coriolis (déviation sur la droite dans l’hémisphère nord) se ressent et au final plus l’incidence par rapport à la trajectoire génératrice est grande. Or un angle d’incidence à la droite d’une trajectoire Terre-Neuve nord Scandinavie dévie la houle vers le sud-ouest Irlande et par conséquent vers l’ouest Iroise et vers Tévennec au final… Une grosse pierre jetée dans un bassin crée des ondes concentriques plus fortes et qui iront plus loin que celles qui naissent de l’impact d’une petite pierre… Sur sa longue route cette houle primaire rencontre d’autres houles, secondaires ou plus anciennes et forme, à des milliers de kilomètres de son point de départ, une houle générale dite rémanente d’autant plus forte que le régime des vents lointains qui l’ont engendrée persiste. Encore une rémanence ! La houle rémanente peut être d’une direction très différente de celle du vent local. C’est ce que nous vivons en Iroise avec une belle houle d’ouest-noroît, originaire du très septentrional passage des dépressions, que croisent des vents de secteur sud à sud-ouest car ils se propagent globalement selon la pente isobarique du rebord nord des hautes pressions décrites plus haut (les vents circulent dans le sens des aiguilles d’une montre autour d’un champ de hautes pressions dans notre hémisphère). Voilà un beau cocktail qui rend les parages de Tévennec peu recommandables ces temps-ci et dont la rémanence, encore elle, nous oblige a imaginer d’autres moyens pour débarquer. Nous en reparlerons le moment venu. Mais ce sera cet hiver assurément.

Rémanence, avez-vous dit ? Comme c’est rémanent ! Tout serait-il rémanent ? Une chose est certaine : si la houle à ce caractère, ma volonté de pouvoir commencer enfin ce fameux séjour est tout aussi rémanente depuis le premier jour de sa conception ! Car je suis un fieffé entêté.

Marc Pointud

Président de la Société Nationale pour le Patrimoine des Phares et Balises.

(1) Fetch : zone sur laquelle le vent transmet une partie de son énergie à la surface de l’eau sans rencontrer d’obstacle. Le fetch engendre la houle. Plus il est grand plus la houle est forte et par conséquent sa période grande. Auprès de nos côtes, une houle de 14 s de période par vent local faible est une houle rémanente d’une forte dépression lointaine parfois déjà comblée.

PROJET TEVENNEC : UNE FENÊTRE EN VUE…?

Il semblerait, selon les prévisions à moyen terme, qu’une fenêtre météo s’annonce dans cette période pré-hivernale. Elle interviendrait au cours de la semaine du 7 décembre, probablement le mardi ou le mercredi, et permettrait de finaliser le transport des derniers équipements nécessaires. Pour ces dates, des vents de secteur suet (sud est) sont prévus avec une vitesse moyenne très faible de 5 km/h. Le suet met les eaux de Tévennec dans un abri relatif sous le vent de la pointe du Raz. A la suite de plusieurs jours de régime d’ouest, ces vents provenant d’un large secteur sud pourraient permettre à la houle de s’atténuer. Car c’est bien ce facteur qui est en réalité déterminant pour accoster l’îlot. Or sur ce point les prévisions ne sont pas encore d’actualité. Espérons seulement qu’il ne restera pas une houle rémanente d’ouest dont la période plus ou moins grande supposerait une énergie toujours trop importante pour aborder.

Ajoutons à ces réflexions la question de la marée. Pour les jours en question, les coefficients vont de 82 à 73 ce qui est encore maniable. Reste le sujet des horaires de marée. A Tévennec il convient d’aborder plutôt à mi-marée, ceci pour deux raisons essentielles : d’une part l’échelle d’accès au môle est brisée dans sa partie basse ce qui interdit tout débarquement à marée basse avec de tels coefficients et d’autre part à mi-marée on profite des récifs environnants qui sont découverts et sont autant d’obstacles naturels protégeant des déferlements. En l’espèce, la mer sera haute mardi comme mercredi en tout début de matinée ce qui implique une mi-marée vers 10/11 heures. Mais surtout cela signifie que toute la matinée se passera dans le jusant c’est à dire avec un courant du nord vers le sud, soit à contre vent. Or ne passe pas le Raz vent contre courant avec de tels coefficients à moins que ce vent ne soit, comme cela semble prévu, très faible à nul… Quant au retour de l’après-midi il sera aussi mer contre vent pendant le flot. Rien n’est simple dans ce secteur ! Nous verrons bien lorsque nous disposerons de prévisions fines à quelques jours..

Marc Pointud

TÉVENNEC : EXIGENCES ET ATTENTE…

L’opération « Lumière sur Tévennec » est en stand-by pour cause de météo.

Depuis la dernière sortie du 03 octobre pour les préparatifs, l’état de de mer n’a pas permis d’accoster l’îlot. Il faut dire qu’à partir d’une houle de plus d’un mètre de haut et d’une période(1) supérieure à cinq secondes les conditions de débarquement passent de difficiles à impossibles, le ressac devenant un déferlement croisé au pied du musoir Est qui supporte l’échelle. La houle dominante qui aborde le plateau de Tévennec par l’ouest se scinde en deux, brisée dans sa progression par les premiers récifs dans l’ouest de Tévennec (Les roches du Tréolet et leurs hauts fonds). Chaque train de houle secondaire effectue alors le tour de l’île, l’une par le nord l’autre par le sud, pour finalement se croiser de front à mi-chemin coté Est de Tévennec. Les constructeurs du phare avaient donc créé un musoir de débarquement sur ce côté en le protégeant de l’onde venue du sud par un épi maçonné situé plus en avant. Mais ce dernier étant quasiment détruit, la houle n’est plus déviée et nous la retrouvons bouillonnante au pied de cette échelle que nous utilisons. Un autre point de débarquement existe coté Sein. Mais ces marches taillées dans la roche ne sont praticables que par très beau temps et à marée basse car le reste du temps elles reçoivent en plein la houle d’ouest. Ici, une tourelle en maçonnerie et un muretin de protection étaient prévus mais ils n’ont jamais été construits.

Depuis la mi-octobre donc, nous sommes en attente de conditions favorables. Il y a eu des jours de soleil mais avec deux à trois mètres de houle et des périodes de dix à douze secondes. Au moment où ces lignes sont écrites, le sémaphore de la pointe du Raz a relevé hier un vent établi de force 8 à avec rafales à 10. La saison hivernale semble avoir commencé mais ce n’est sans doute pas encore le cas au regard de la tendance barométrique. Ici tout peut changer rapidement.

Il faut donc résolument attendre des conditions acceptables. Il y en aura, du moins l’espère-t-on. Il y a deux ans, les coups de vent se sont enchaînés de la mi-décembre à la fin mars. Mais c’était un  régime dépressionnaire sans répit et d’une longévité exceptionnelle. Les mauvaises conditions, les contrariétés, l’attente au final, sont partie de l’histoire des phares en mer. Les grands chantiers ne furent-ils pas malmenés par les soubresauts de l’Iroise ? L’État lui-même, avec les moyens de l’époque certes mais néanmoins très importants, mit près de dix-sept ans pour construire Ar-Men. La tourelle de la Plate dans le Raz-de-Sein, à peine édifiée en 1896, fut décapitée lors d’une tempête et ce n’est qu’après douze ans de reconstruction qu’elle entra en service. L’Iroise n’est pas une mer facile et ces lieux sont parmi les plus dangereux du monde maritime.

La détermination qui préside à notre opération est totale mais humble face aux éléments. Dès qu’une période d’accalmie sera prévue, si ces conditions s’établissent, la phase finale du lancement de l’opération pourra avoir lieu. Son décalage dans le temps, somme toute, n’a que de peu d’importance au regard de son enjeu. Cette attente force à repousser toujours plus loin les limites de la patience et de la ténacité, aiguisant ainsi ces vertus maritimes cardinales qui seront indispensables dans le quotidien solitaire de Tévennec. Et puis, finalement, ne s’agit-il pas là d’une vraie histoire de phare qui s’inscrit, hors de toute époque, dans la tradition des exigences de la mer ?

Marc Pointud

Président de la SNPB

(1) La période est le temps de passage de deux crêtes de houle successives en un même point. Plus ce temps de passage est grand, plus la distance entre deux crêtes est grande. Très globalement, on peut retenir que plus la période est longue plus la houle est ample et plus elle recèle d’énergie.