TÉVENNEC : EXIGENCES ET ATTENTE…

L’opération « Lumière sur Tévennec » est en stand-by pour cause de météo.

Depuis la dernière sortie du 03 octobre pour les préparatifs, l’état de de mer n’a pas permis d’accoster l’îlot. Il faut dire qu’à partir d’une houle de plus d’un mètre de haut et d’une période(1) supérieure à cinq secondes les conditions de débarquement passent de difficiles à impossibles, le ressac devenant un déferlement croisé au pied du musoir Est qui supporte l’échelle. La houle dominante qui aborde le plateau de Tévennec par l’ouest se scinde en deux, brisée dans sa progression par les premiers récifs dans l’ouest de Tévennec (Les roches du Tréolet et leurs hauts fonds). Chaque train de houle secondaire effectue alors le tour de l’île, l’une par le nord l’autre par le sud, pour finalement se croiser de front à mi-chemin coté Est de Tévennec. Les constructeurs du phare avaient donc créé un musoir de débarquement sur ce côté en le protégeant de l’onde venue du sud par un épi maçonné situé plus en avant. Mais ce dernier étant quasiment détruit, la houle n’est plus déviée et nous la retrouvons bouillonnante au pied de cette échelle que nous utilisons. Un autre point de débarquement existe coté Sein. Mais ces marches taillées dans la roche ne sont praticables que par très beau temps et à marée basse car le reste du temps elles reçoivent en plein la houle d’ouest. Ici, une tourelle en maçonnerie et un muretin de protection étaient prévus mais ils n’ont jamais été construits.

Depuis la mi-octobre donc, nous sommes en attente de conditions favorables. Il y a eu des jours de soleil mais avec deux à trois mètres de houle et des périodes de dix à douze secondes. Au moment où ces lignes sont écrites, le sémaphore de la pointe du Raz a relevé hier un vent établi de force 8 à avec rafales à 10. La saison hivernale semble avoir commencé mais ce n’est sans doute pas encore le cas au regard de la tendance barométrique. Ici tout peut changer rapidement.

Il faut donc résolument attendre des conditions acceptables. Il y en aura, du moins l’espère-t-on. Il y a deux ans, les coups de vent se sont enchaînés de la mi-décembre à la fin mars. Mais c’était un  régime dépressionnaire sans répit et d’une longévité exceptionnelle. Les mauvaises conditions, les contrariétés, l’attente au final, sont partie de l’histoire des phares en mer. Les grands chantiers ne furent-ils pas malmenés par les soubresauts de l’Iroise ? L’État lui-même, avec les moyens de l’époque certes mais néanmoins très importants, mit près de dix-sept ans pour construire Ar-Men. La tourelle de la Plate dans le Raz-de-Sein, à peine édifiée en 1896, fut décapitée lors d’une tempête et ce n’est qu’après douze ans de reconstruction qu’elle entra en service. L’Iroise n’est pas une mer facile et ces lieux sont parmi les plus dangereux du monde maritime.

La détermination qui préside à notre opération est totale mais humble face aux éléments. Dès qu’une période d’accalmie sera prévue, si ces conditions s’établissent, la phase finale du lancement de l’opération pourra avoir lieu. Son décalage dans le temps, somme toute, n’a que de peu d’importance au regard de son enjeu. Cette attente force à repousser toujours plus loin les limites de la patience et de la ténacité, aiguisant ainsi ces vertus maritimes cardinales qui seront indispensables dans le quotidien solitaire de Tévennec. Et puis, finalement, ne s’agit-il pas là d’une vraie histoire de phare qui s’inscrit, hors de toute époque, dans la tradition des exigences de la mer ?

Marc Pointud

Président de la SNPB

(1) La période est le temps de passage de deux crêtes de houle successives en un même point. Plus ce temps de passage est grand, plus la distance entre deux crêtes est grande. Très globalement, on peut retenir que plus la période est longue plus la houle est ample et plus elle recèle d’énergie.

 

 

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